DSC_0169"Le but de SM l'Empereur, en décrétant la transportation en Guyane, était multiple. Il ne s'agissait pas seulement de  débarrasser la France d'hôtes incommodes et dangereux, il fallait encore utiliser cet élément dans l'intérêt de la colonisation et finalement chercher à moraliser des hommes peut-être momentanément égarés et poursuivre cette pensée humanitaire en les intéressant au travail agricole par la propriété, en les rattachant à la société par les liens de la famille.

La diversité qui existait entre les transportés eux-mêmes, avait obligé de les classer en différentes catégories et de les séparer les uns des autres, en les laissant cependant soumis à une discipline  et des lois uniformes pour tous :

  • les forçats proprement dit, abstraction faite de la durée de leur peine
  • les repris de justice, c'est à dire ceux ayant subi en France plusieurs condamnations en cour correctionnelle, soumis à la surveillance  de la haute police et qui, devenant pour la société une charge ou une inquiétude, étaient envoyés en Guyane, pour un certain laps de temps, sur simple arrêté du ministre de l'intérieur.
  • les déportés politiques que l'on ne pouvait mêler avec les autres.

Plus tard, la loi qui décréta la résidence temporaire ou éternelle après la peine finie, pour les forçats de première catégorie, donna naissance encore à des libérés de troisième classe, dont les deux premières suscitent de grandes difficultés à l'administration ;

  • comdamnés sous l'ancienne loi, pouvant retourner en France quand leur peine est finie
  • condamnés sous  la nouvelle loi, à une peine de moins de huit ans, astreints à une résidence égale au temps de leur condamnation et pouvant ensuite retourner, en France
  • condamnés à une peine supérieure à huit ans et astreints à une résidence éternelle

Ces nombreuses classes de transportés avaient donc obligé à multiplier les pénitenciers et ces divers établissements fort espacés et indépendants,  nécessitent un personnel libre considérable  et des mutations constantes.
L'effectif actuel (1862) de la transportation à la Guyane, en y comprenant les repris de justice et les libérés  astreints à la résidence, est de sept à huit mille. Les envois annuels de France ne font guère que remplacer les vides  que les évasions, les libérations et la mortalité opèrent dans les rangs des condamnés. C'est un mouvement de cinq à six cent individus par an.
En dehors de ces établissements disséminés, il fallait faire le choix d'un lieu susceptible d'extension indéfinie, afin d'y fonder la colonie pénitentiaire agricole, but principal de l'oeuvre et dont les autres points devaient fournir les éléments.
Toute la question était de savoir s'il valait mieux se rapprocher du Brésil que de se fixer près de la Guyane hollandaise, si les rives de l'Oyapock présentaient plus de succès que celles du Maroni."

" Finalement de cette lutte entre les deux fleuves c'est le Maroni qui a obtenu l'avantage et cette préférence semble aujourd'hui justifiée. c'est donc sur les rives du Maroni que vont se traiter désormais les deux grandes questions  de la résurrection de l'agriculture coloniale au moyen de travailleurs blancs et la moralisation des transportés par le travail."

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" L'abolition de l'esclavage, en 1848, avait enlevé les bras aux habitations." "Tout l'avenir de la Guyane est là."

Extraits de "La Guyane Française" Notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863  par Frédéric Bouyer  Ed Hachette